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L'orthographe est un grand sujet de préoccupation. Elle est toujours considérée comme une marque d'excellence, elle fait le drame des correcteurs et des enseignants, tout en souffrant d'un déficit de méthodes d'enseignement.

L'utilisation des dictées systématiques, les rituels d'épellation ont été remis en question au fil des programmes scolaires. De nouvelles approches ont été testées, essayant de mettre sur le devant de la scène "une observation réfléchie de la langue", pour sortir des (trop) traditionnelles grammaire, orthographe et vocabulaire. Ceux-ci sont pourtant profondément ancrés, et la plupart des instituteurs, professeurs des écoles et professeurs de collège sont restés ou revenus à la dictée. Sans pourtant, semble-t-il, parvenir à un résultat satisfaisant.

L'orthographe paraît parfois devenir obsolète, désuète, inutile. Un peu comme écrire au stylo à l'heure de la tablette et du smartphone. Du moment que cela se lit.

Ma position dans le débat sur l'utilité de conserver la "richesse" et la "variété" de l'orthographe française, que l'on pourrait aussi qualifier de "pièges" et "vices", est justement que ces difficultés font aussi son charme. Mais c'est, je pense, une réflexion très orientée par ma formation d'historienne : l'orthographe raconte l'histoire du français, comment il a parcouru les siècles et ce qu'il dit des peuples qui l'ont utilisé, lui donnant un peu le reflet de leur esprit du temps. Et aussi parce que je n'ai jamais eu de réels conflits avec l'orthographe.

Mais celle-ci reste pour beaucoup un chemin de croix, et il est difficile d'expliquer la beauté ou l'histoire de certaines particularités à un enfant de 7 ou 8 ans (même si je ne m'en prive pas, donner du sens et raconter des histoires est toujours essentiel), qui peine à comprendre les redoublements de consonnes, ou les variations graphiques du son [o].

Il existe plusieurs types de remédiation orthographique, qui dépendent étroitement de la façon dont l'enfant (ou l'adulte) s'approprie un mot. Ce processus est lié à l'association de 3 éléments :

- la représentation du mot : ce que ce mot évoque quand il est entendu. Quand on entend le mot "maison", cela correspond à une image mentale de l'objet "maison".

- le son : lorsque l'on entend le mot "maison", celui-ci "chante" familier ou pas, avec des sons. C'est abord le son "maison" dans son entier qui est perçu, puis vers 5-6 ans, l'enfant est capable de distinguer les différents sons qui le composent : le m, le è, le z, le on*.

- l'image du mot : lorsque l'on est scripteur, au mot prononcé s'associe l'image orthographique. Quasiment instantanément, au son "maison" se rattachent les lettres m-ai-s-on. Puis à l'image de ces lettres s'associe enfin le geste pour les former.

Chacune de ces étapes participent à la construction orthographique. C'est dire si résoudre des difficultés orthographiques n'est pas aussi simple qu'une répétition de dictées, puisqu'elles peuvent se nicher à des niveaux que l'on ne soupçonne pas toujours.

Une fois identifiée l'étape sur laquelle bute l'élève, de nombreuses pistes de travail s'offrent à nous : sur le "chant" du mot (son, rythme), sur la représentation (associer un mot avec ce qu'il représente, en particulier lorsqu'il s'agit d'abstraction), sur l'image graphique du mot et enfin sur le geste. Autant de pistes que je développerai à l'occasion.

Aujourd'hui, nous allons écrire sur le ciel. Cet exercice est particulièrement apprécié des gauchers. Ainsi M… est d'une rapidité extrême dans l'épellation. Souvent sans erreur. Mais quand il s'agit de passer sur le papier, tout s'embrouille, tout se disperse, la main va moins vite que le cerveau. Et il manque des lettres ou il y a confusion entre la bouche qui dit "j" et la main qui trace "g". Aussi nous écrivons dans le ciel.

Ecrire sans support, avec ses doigts, dans les airs, libère de nombreuses contraintes, tout en permettant de conserver le lien entre le geste graphique et la parole. Aussi, M… épelle moins vite, prononçant chaque lettre et prenant le temps (et l'espace) de la dessiner. L'exercice se fait les yeux fermés, pour ne pas perdre le regard qui ne peut s'accrocher sur une trace physique et être troublé par l'absence de celle dernière . La trace écrite se fait dans l'esprit. Quand M… prononce la lettre "L"** et la trace, il voit dans ses paupières le "L" et le mouvement de sa main est comme le tracé sur sa rétine.

Pour le gaucher, cela permet aussi une plus grande aisance, la main est moins contractée, le bras moins étriqué. Il arrive que certains gauchers écrivent dans le ciel avec la main droite. Et si M… est en CE1, je fais le même exercice avec L… qui elle est en CM2, ou L… qui est en Sixième. Ou moi-même, quand j'ai un doute sur l'orthographe d'un mot. Ou pour le plaisir d'avoir de la place. Il n'y a pas d'âge pour écrire sur le ciel.

L'étape suivante peut être d'écrire les yeux ouverts, les doigts trempés dans la peinture, sur de grandes feuilles de papier accrochées au mur.

Si cet exercice est proposé en maternelle, il s'attache seulement à la graphie des lettres prises isolément. Or si il faut les connaître une à une, elles ne sont pas vouées à rester seules. La lettre n'a de sens que parce qu'elle est l'élément du mot, qui traduit la pensée. Alors continuons à écrire, dans le ciel, dans le sable***, sur de grandes feuilles, non plus seulement des lettres, mais des mots, puis des phrases. Parce que la pensée vaut bien un peu plus d'espace qu'un ou deux interlignes.

* Je ne mets volontairement pas les sons phonétiques, car tous les lecteurs ne sont pas familiarisés avec ce code.

** Les enfants tracent des lettres en cursives, attachées entre elles. Les polices du blog ne me permettent pas de mettre ces lettres cursives.

*** Pour le travail du geste graphique sur des supports variés, voir les travaux de Maria Montessori. Et de toutes les personnes qui aiment écrire sur la plage, les doigts dans le sable humide et tiède.

Ecrire sur le ciel
Tag(s) : #Orthographe, #CE1, #Graphisme, #CM2, #College

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