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Beaucoup de mes élèves, surtout les plus jeunes, souffrent d'un manque d'attention, naturels à leur âge ou plus problématique. Ils sont joyeux, dynamiques, souvent motivés, mais au bout de quelques minutes, ils ne sont plus à ce qu'ils font.

C'est par exemple l'occasion de jolies conversations. L'avantage de la relation duelle que permettent les cours individuels est de lier connaissance, de nouer une vraie relation. Ce sont dans ces moments où leur concentration s'envole que mes élèves me racontent des anecdotes.

Sur leurs copains, sur leurs compétitions sportives, leur amour de la nature ou leur phobie des petites bêtes, sur leurs parents ou sur leurs enseignants.

Je leur accorde toujours ce temps en début ou en fin de séance. Non que je tienne une chronique pour la gazette des potins, tout ce qu'ils me disent ne sort pas de mon bureau, mais parce que cela fait partie de la relation de confiance.

Par contre, lorsque cela se produit en cours de séance et interrompt une tâche, il faut résister à l'envie de poursuivre la conversation, parce qu'il faut bien le dire, parfois, le samedi matin à 11h30, ou le jeudi à 18h, même moi j'ai plus envie de papoter et de découvrir comment tous ces petits voient le monde (et comment le fait d'évoquer un "groupe nominal" les amène à me parler de leur dernière expérience avec leur animal de compagnie) que de leur expliquer ce qu'est le dit "groupe nominal".

Le fait que le corps soit toujours en mouvement est un autre signe de perte d'attention : se gratter ici ou là, faire tomber un crayon plusieurs fois, tournicoter un bout de vêtement, bouger ses jambes, changer sans cesse de position sur une chaise sont autant de signes d'inconfort. Alors, même des savoirs bien mémorisés ne parviennent pas à revenir à l'esprit, impossible de se "concentrer", d'aller chercher dans la mémoire le contenu que l'on sait pourtant y être. Et c'est parfois un effort insurmontable que de réussir tout seul à remobiliser son attention.

Un petit exercice est assez efficace pour permettre à ces enfants de se recentrer sans produire un effort dont ils ne sont pas capables à cet instant (et ça marche aussi pour les adultes) :

S'asseoir le dos bien droit appuyé contre le dossier de la chaise.

Mettre ses deux mains sur ses genoux.

Fermer les yeux.

Inspirer profondément avec le nez en comptant mentalement jusqu'à 5.

Expirer longuement par la bouche en comptant mentalement jusqu'à 10.

Répéter plusieurs fois.

Garder la position, mais yeux ouverts. Pratiquer encore quelques respirations puis reposer la question initiale (problème de mathématiques, définition lexicale, poésie, etc.) tout en gardant la position (dos droit, mains sur les genoux, yeux ouverts).

Si l'enfant est très agité, la phase d'inspiration-expiration peut durer un petit moment, le temps que les mouvements parasites cessent et que le calme s'installe. On peut aussi poser la question en conservant les yeux fermés.

Je veille bien à ce que les mains soient bien à plat sur les genoux. Au début de l'exercice, il est fréquent que l'enfant continue à agiter ses doigts, toucher son autre main, se gratter, s'agiter sur la chaise. Je répète doucement les consignes : les deux mains bien à plat sur les genoux, sans se toucher, sans s'agiter, et ce n'est que lorsque j'ai obtenu quelques minutes d'exercice dans la bonne posture que je repose (toujours d'une voix calme et douce) la question initiale.

Et là réponse vient le plus souvent, à la surprise même de l'enfant qui ne sait pas très bien d'où vient tout à coup et de façon fluide ce qu'il ne trouvait pas quelques instants avant.

Avoir les yeux ouverts ou fermés permet de travailler sur la capacité de l'enfant à travailler avec quelques interférences : s'il a vraiment du mal à se concentrer, il vaut mieux dans un premier temps (mais dans un premier temps seulement) conserver les yeux fermés. Les yeux ouverts, la vue est alors également sollicitée et un petit effort est nécessaire pour ne pas "succomber" aux interférences visuelles.

S'il est nécessaire et intéressant de travailler sur la capacité de repli sur soi pour mobiliser ses forces cognitives, tous mes élèves vont ensuite à l'école. Et ils n'y trouvent pas les conditions "idéales" du travail individuel dans un environnement protégé. Il me semble important, et c'est cela qu'est la remédiation scolaire, d'aider ces enfants à composer avec leur environnement et à réussir à se concentrer malgré les sollicitations propres à l'environnement scolaire (bruits, mouvements).

Un conseil de lecture à ce sujet (le livre d'abord et le site ensuite).

Tag(s) : #Attention, #Instants de vie

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