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De natura rerum

L'objet de cet article n'a en réalité pas grand chose à voir avec le poème de Lucrèce qui nous transmettait les principes de l'épicurisme (quoi que ce dernier puisse guider certains choix d'enseignement).

Je voudrais aborder aujourd'hui la nature non des choses mais des mots. C'est une notion qui est travaillée dès le CE1, jusqu'en 3ème. Elle est la cause de nombreuses confusions, qui peuvent être source de difficultés aussi bien en français que dans l'apprentissage des langues étrangères (vivantes ou anciennes).

Tiens, nous revenons au latin finalement.

Petite récapitulation grammaticale* : la nature d'un mot, c'est ce que mot est, son identité. Comme nous sommes une femme/un homme, untel ou unetelle, un mot a une nature. C'est celle que l'on retrouve précisée dans le dictionnaire. Elle se distingue de la fonction, qui est le "métier" du mot (ou plutôt du groupe de mots). Comme nous sommes élève, professeur, maçon, chauffeur, comptable, médecin, etc. Ainsi, je serai toujours une femme, toujours M., mais au gré de ma vie ou du moment de la journée, je pourrai changer de fonction. Ainsi par exemple, le mot "fenêtre" sera toujours un nom quoiqu'il arrive, mais il pourra être sujet ou complètement de toute sorte.

Pour les élèves, il est utile d'abord de bien préciser la différence entre un mot et un nom. Cette fréquente confusion est à l'origine d'un certain nombre de difficultés face à des exercices de classification. Il est ensuite utile de préciser la différence entre nature et fonction.

La façon la plus classique de travailler ces notions est d'utiliser des phrases spécifiquement conçues : sans grand intérêt au niveau du sens, elles sont "calibrées" pour comporter les mots de nature courante, des plus simples au niveau du CE1 aux plus complexes. La tâche à effectuer consiste généralement à souligner les mots de différentes couleurs correspondant à la nature de chacun.

Lorsqu'il s'agit d'étudier la fonction, l'exercice est assez similaire, mais il s'agit cette fois de souligner des groupes de mots et non des mots isolés.

Ces exercices, outre le fait de n'avoir pas grand intérêt au niveau du plaisir de la lecture, peuvent être à l'origine de doutes, en début d'apprentissage, sur la manipulation de mots isolés puis de groupes de mots, mais surtout sur les moyens d'identification des différentes natures. Et enfin ils omettent une étape importante pour l'apprentissage chez les jeunes élèves : la manipulation avant de passer au concept.

Exemple de confusion : au CP et encore au CE1, les élèves ne savent pas toujours distinguer un déterminant du nom qui l'accompagne. Pour eux, "un-arbre" est une entité linguistique à part entière, "un" n'existe pas tout seul, pas plus que "arbre". Dans le langage, on utilise en effet rarement un nom sans déterminant. Aussi, l'enfant ne saura pas nécessairement isoler dans un texte écrit le mot "un" et le mot "arbre" pour pouvoir ensuite en donner la nature. La confusion la plus fréquente est donc de souligner le groupe "un arbre" et de le classer soit comme nom (on parle de l'arbre), soit … de ne pas réussir à l'identifier.

Je vous propose donc une méthode, soit pour démarrer l'apprentissage de la nature des mots, soit pour faire une remédiation pour des élèves plus âgés en difficulté.

Celle-ci nécessite du matériel, qui peut aussi bien être construit par l'enseignant, que faire l'objet d'activités à part entière proposées aux élèves.

Il s'agit d'utiliser de vrais textes, d'albums, de romans, de littérature de jeunesse ou de classiques. Au fil des classes, on utilisera des textes plus complexes.

Pour un élève, le texte choisi est imprimé en deux exemplaires avec des espaces et des interlignes assez importants pour pouvoir découper l'un des exemplaires mot par mot** (puisqu'il s'agit dans ce billet de travailler sur la nature des mots).

Pourquoi deux exemplaires ? D'abord pour pouvoir reconstituer le texte. C'est souvent l'évidence que l'on oublie : une fois le texte découpé, il va falloir le reconstituer et c'est plus facile d'en avoir un exemplaire sous les yeux ! Mais aussi pour que l'élève, qui va re-décomposer le texte, puisse l'avoir toujours sous les yeux, qu'il garde un sens et ne soit pas devenu une série d'étiquettes sans queue ni tête***.

Il faut ensuite construire des boites (activité mathématique qui peut être réalisée par l'élève), qui vont s'encastrer comme des poupées russes :

- une grande qui comportera la mention "nature"

- 6 de formats plus réduit correspondant aux 6 grandes catégories :

  1. - les déterminants
  2. - les noms
  3. - les adjectifs
  4. - les pronoms
  5. - les verbes
  6. - les mots invariables

- Un certain nombre de boîtes encore plus petites, qui viendront trouver place dans les 6 boîtes précédentes, correspondant aux sous-catégories (par exemple, dans la boîte des pronoms, on trouvera les sous-catégories pronoms personnels, pronoms relatifs etc.)

J'ai pour ma part fait toutes les boîtes dès le départ. En fonction du niveau de l'élève, j'enlève les sous-catégories qui ne sont pas étudiées, mais jamais les 6 premières boîtes. Car si elles ne sont pas utilisées dans l'immédiat, il me semble important que l'élève puisse déjà avoir la connaissance et la représentation de ces catégories principales.

Le principe de cet exercice est, après avoir disposé les étiquettes-mots du texte découpé sur le texte non découpé, de placer chacune de ces étiquettes dans la bonne boîte.

Les modalités de réalisation peuvent varier : outre le fait que l'élève peut réaliser lui-même ses boîtes, saisir informatiquement le texte, on peut aussi faire un exercice de lecture pour des élèves de CP-CE1, en leur confiant la tâche de poser la bonne étiquette sur le mot correspondant du texte intégral.

Enfin, la tâche finale est l'identification correcte de la nature du mot-étiquette et son placement dans la bonne catégorie.

Une fois cet exercice réalisé aussi souvent que nécessaire, on peut associer une couleur à chaque boîte. Et, revenant aux exercices traditionnels de soulignement, reprendre ce code couleur.

L'avantage des boîtes, outre le fait de permettre la manipulation avant de passer à la conceptualisation, est de permettre à l'élève d'avoir, au début de son apprentissage, l'ensemble des catégories sous les yeux, et donc de mémoriser au fil du temps le nombre fini de ces catégories et leur nom. De plus, en cas d'erreur, si l'élève place par exemple un nom dans la boîte des adjectifs, on peut faire répéter ce qui caractérise chaque nature de mots, comment on la reconnait.

Tutoriel de la boîte à venir très vite !

* Un très bon ouvrage indémodable, moins connu peut-être que son cousin dédié à la conjugaison, le Bescherelle La grammaire pour tous.

** Petite astuce : écrire le texte dans un tableur, cela permet un découpage régulier.

*** Autre astuce : plastifier texte original et étiquettes. Celles-ci pourront ainsi être légèrement collées au texte grâce à de la pâte adhésive afin qu'elles ne se déplacent pas inopinément suite à des gestes ou des souffles incontrôlés !

Tag(s) : #Grammaire, #Elementaire, #College, #Nature des mots, #Francais

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